Prendre un repas devant un écran, que ce soit un ordinateur ou une télévision, déclenche une série de réactions dans notre système. Analysons ce phénomène avec des spécialistes.
Déjeuner avalé en quelques minutes tout en étant absorbé par son travail, ou dîner devant une série à succès, beaucoup d'entre nous adoptent cette habitude. Selon Gérard Apfeldorfer, psychiatre et auteur de Maigrir, c'est dans la tête, "l’américanisation du monde et les changements culturels ont transformé la nourriture en simple nécessité, éloignant ainsi le plaisir qu'elle devrait procurer". Si cela peut sembler pratique, cela n'est pas sans conséquences sur notre bien-être global.
prise de poids
Lorsque nous mangeons en regardant un écran, notre attention se disperse. "Les écrans, fascinants et hypnotisants, détournent notre attention de notre assiette, ce qui empêche de manger en pleine conscience", affirme Gérard Apfeldorfer. Cela diminue notre capacité à ressentir les plaisirs gustatifs et, par conséquent, à nous sentir rassasiés.
Ce phénomène est lié au concept de "rassasiement sensoriel spécifique". Plus nous mangeons, plus notre plaisir diminue. En d'autres termes, la première bouchée est savoureuse, tandis que les dernières deviennent presque insignifiantes, rendant difficile la sensation de satiété. Olga Davidenko, experte en comportement alimentaire, explique que l’absence de concentration sur la nourriture complique la reconnaissance de notre satiété.
mémoires floues des repas
Un repas consommé devant un écran modifie aussi notre souvenir du moment, élément clé pour déterminer notre satiété. Nos sens sont accaparés par les distractions visuelles et sonores au lieu de se concentrer sur la savoureuse nourriture.
"On manque de sensations et donc de repères pour juger notre consommation" - Gérard Apfeldorfer
Ainsi, peu après avoir mangé, il arrive souvent que nous n’ayons qu’un souvenir flou de notre repas. Cela peut engendrer une surconsommation, notamment dans des situations où des émotions fortes sont en jeu. "La nourriture a un impact apaisant, surtout face à des stimuli émotionnels négatifs", précise Apfeldorfer.
une digestion compromise
Laëtitia Willerval, diététicienne, souligne l’importance de faire appel à nos cinq sens durant le repas. "Observer et sentir les aliments sont cruciaux pour une bonne digestion", insiste-t-elle. Manger trop vite ou en étant absorbé par un écran peut inhiber ce processus, entraînant des effets néfastes sur notre santé comme le syndrome métabolique, manifesté par l’hypertension et d'autres troubles.
En somme, le plaisir de manger et notre bien-être général sont menacés. Il est conseillé de se nourrir en pleine conscience : préparer ses repas, choisir des aliments que l’on apprécie, et prêter attention à notre corps. Valoriser les moments de convivialité pourrait redorer l'image de nos repas, en les reliant à notre patrimoine culturel, cher à l’UNESCO.
(1) Gérard Apfeldorfer, Maigrir, c'est dans la tête, Éd. Odile Jacob, 360 p., 26,90 euros.







