Carlo Petrini, créateur du mouvement Slow Food, publie bientôt Terra Madre, un manifeste essentiel sur notre rapport à la nourriture.
Carlo Petrini, le visage du mouvement Slow Food, s'apprête à dévoiler Terra Madre, un pamphlet vibrant en faveur d'une gastronomie responsable. Articulons ici notre rencontre avec cet épicurien engagé.
Il ne faut pas longtemps pour inciter Carlo Petrini à parler, que ce soit des pêches de sa Lombardie natale laissées à pourrir sur l'arbre ou des contradictions cruelles qui traversent le monde alimentaire. Son ouvrage-manifeste, Terra Madre (Éditions Alternatives), lance un cri d'alarme pour rappeler que l'assiette n'est pas une simple vaisselle, mais une fenêtre ouverte sur la planète. En unissant plus de 2000 communautés alimentaires, il dirige une lutte acharnée pour un avenir meilleur. Élu "héros européen" par le Time Magazine en 2008, il se bat avec passion… et un grand appétit.
Le Figaro.- Lors de la création de Slow Food à Paris, l'avez-vous pensé comme un simple caprice gastronomique ?
Carlo Petrini. - Absolument pas. Nous avons voulu faire écho au bicentenaire de la Révolution française, soulignant que celle-ci a également révolutionné notre rapport à la restauration. La gastronomie a une histoire riche de trésors à redécouvrir. Pensez à Brillat-Savarin : sa sagesse va bien au-delà des recettes, elle nous offre une vision globale de l'art culinaire, amalgamant agriculture, zootechnie et écogastronomie.
Répondre aux défis alimentaires
Quelles raisons font que la France reste parfois réticente face aux idées du Slow Food ?
Votre pays a une certaine résistance face aux mouvements, cependant, il existe des structures qui font un travail similaire au nôtre, comme les mouvements écologistes et agricoles, soutenus par de brillantes réglementations telles que les appellations d'origine contrôlées.
Ne pensez-vous pas que votre mouvement ressemble davantage à un club d'élites parlant aux plus démunis ?
Nous restons toujours dans la quête d'un travail de qualité, valorisant les bons produits et le plaisir de manger. Cela ne nous empêche pas de défendre les populations les plus démunies. Lors de notre dernier salon à Turin, nous avons réuni 100 000 agriculteurs issus de diverses régions du globe. Il est souvent vrai que les plats les plus exquis proviennent de la pauvreté.
Une production alimentaire inéquitable
Vous évoquez la nourriture en ces temps comme source de peur et d'anxiété...
Regardons les faits : nous avons la capacité de nourrir 12 milliards de personnes, alors que notre population n'est que de 7 milliards, dont 1 milliard souffrent de la faim. Cela signifie que jusqu'à 40 % de nos productions alimentaires se perdent. Lorsque je vois les belles pêches du Piémont péricliter, alors que nous en importons d'ailleurs, j'éprouve d'immenses regrets. Au Slow Food, notre mission est de rétablir l'harmonie entre nourriture, corps et terre. Nous aspirons à des réformes profondes.
Avez-vous identifié ces "sentinelles" en France qui protègent des produits en péril ?
Bien sûr, nous n'en faisons pas trop de bruit, mais nous sommes actifs pour des éléments tels que la brousse du Rove, le porc noir de Bigorre, et bien d'autres spécialités régionales, en prenant soin de conserver la biodiversité.







