La saison 12 de "Top Chef" entre dans sa dixième semaine sans la présence d'aucune cheffe invitée, révélant une invisibilité médiatique préoccupante.
"On se retrouve donc la semaine prochaine pour un nouvel épisode : toujours sans CHEFFE invitée [...] On vous a à l'œil M6 et on ne lâchera pas". Mercredi, Emilie Flechaire, fondatrice de l'Agence de communication Néroli, a pointé ce manque de représentation féminine dans l’émission, qui pourrait influencer la perception du public envers les chefs femmes.
Engouement autour de l'émission
"L'effet Top Chef", selon la critique culinaire Estérelle Payany, souligne l'attrait croissant pour le programme, qui attire chaque semaine environ trois millions de téléspectateurs. Ces épisodes sont jalonnés par la présence de grands chefs invités, parmi lesquels des figures de proue comme Kei Kobayashi et Heston Blumenthal. Toutefois, l'absence de cheffes demeure troublante.
"Top Chef" légitime l'excellence culinaire par la reconnaissance traditionnelle du Guide Michelin.
Pour Payany, l'absence de cheffes n'est pas surprenante. En France, Anne-Sophie Pic est la seule cheffe à avoir décroché les, convoitées, trois étoiles. Cependant, Émilie Flechaire soutient qu'il existe de nombreuses jeunes cheffes talentueuses, comme Julia Sedefdjian, qui pourraient dynamiser le programme et en diversifier l'image. Pourquoi ne pas intégrer ces voix émergentes qui, malgré un palmarès étoilé moins prestigieux, apportent une richesse culinaire inédite?
Les enjeux de représentation
La production de l’émission semble ignorer des talents féminins existants, renforçant ainsi une vision traditionnellement masculine de la cuisine. Payany estime que cette dynamique favorise une image partielle de la gastronomie en France, cachant la diversité et la pluralité de ses acteurs.
On en vient à tourner en rond avec les mêmes chefs, alors que la richesse gastronomique est si vaste...
Flechaire note que cette focalisation sur des chefs masculins reconnus ne fait qu'accentuer un cercle vicieux. En restant ancré dans une approche culinaire conventionnelle, "Top Chef" risque de manquer l'opportunité de célébrer l'innovation et les perspectives variées que pourraient offrir de nouvelles voix.
L'héritage de l'invisibilité médiatique
Cette situation est le résultat d'une invisibilité médiatique qui remonte à la première convention collective des cuisiniers en 1893, interdisant aux femmes d'entrer dans des cuisines professionnelles. Comme l'indique Estérelle Payany, cet héritage persiste, contribuant à une perception biaisée autour de l'autorité en cuisine. Il est essentiel que les médias jouent un rôle actif dans la promotion de la diversité culinaire pour faire évoluer les stéréotypes et donner la parole à toutes les talents.
En 2019, Payany a franchi le pas en publiant 500 femmes qui font la différence dans les cuisines, visant à mettre en avant les nombreuses cheffes talentueuses encore trop souvent oubliées. La véritable responsabilité des médias est de refléter cette diversité et de ne pas la fonder sur des préjugés obsolètes.







